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Michel Cournot - LE MONDE


L’Homosexuel : l’un des pics les plus élevés de l’histoire du théâtre. Lapidaire, glacé, et aveuglant comme tout rebond de soleil sur la glace. L’un des deux chefs-d’œuvre absolus de Copi avec Une visite inopportune, la pièce par laquelle, quelques semaines avant sa fin en 1987, il avait mis en scène sa mort à l’hôpital, service des sidéens. L’Homosexuel, pièce écrite seize ans plus tôt, est une prophétie, mais elle est surtout le rayon cosmique qui frappe les survivances de la torture, des martyres. (…) Mise en scène sans réserve de Philippe Adrien, tout en coups droits, en cruautés prises sur le fait, un théâtre au-delà des limites, inadmissible, mais dont les arêtes vives sont poncées par une main experte et « imaginante ». Décor de Gérard Didier, d’une réalité condensée, sincère, un réduit de bois, isba de cauchemar (Copi a situé sa pièce en Sibérie, c’est comme un point piqué à l’aveugle sur la carte). Les acteurs, Margot Abascal (l’enfant), Christophe Reymond et Benoît Strebler (la fausse mère et la fausse enseignante), Dominique Boissel et Jean-Daniel Magnin (des officiers pas blancs comme neige), ne font vraiment qu’un seul élan de conscience, qu’un seul mirage explosant-fixe, qu’un seul cri du sang, avec la parole de Copi, avec les coups sourds de son cœur qui avait, pour tant de victimes et de condamnés, tant battu.

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